C’était il y a cent ans : éphéméride de juillet 1913 en France

L'Humanité, une du 19 juillet 1913, extrait - L'abaissement de l'âge de l'incorporation | Gallica - BnF

<= revoir l’éphéméride de juin 1913

En ce mois de juillet 1913, à la une des quotidiens français les célébrations de la fête nationale et toujours … le service militaire de 3 ans, évidemment !

L’évènement de juillet 1913 en France : le service national de 3 ans (encore)

Photo de presse - Arrivée du président Poincaré à la revue du 14 juillet 1913Le 19 juillet 1913 à 23 heures est enfin votée à la Chambre, par 358 voix contre 204, la « Loi des trois ans », qui porte de deux à trois ans la durée du service militaire. Le projet est ensuite approuvé au Sénat début août.

Plusieurs journaux reprennent en une la carte de France établie par leurs confrère de L’Opinion, restituant la répartition géographique des votes des députés : en noir, les départements hostiles à la loi des trois ans, qualifiés selon l’humeur des journalistes d’antimilitaristes, antipatriotes, inconscients…

Et d’autres débats font rage : le maintien sous les drapeaux de la classe libérable ainsi que l’abaissement de l’âge de la conscription.

L'Humanité, une du 27 juillet 1913, extrait - La géographie d'un scrutin 1913-07-27-La Croix, une du 27 juillet 1913 - L'élan patriotique par département La Croix, une du 26 juillet 1913, extrait - Les tableaux de recensement de la classe 1913 | Gallica - BnF
L'Humanité, une du 19 juillet 1913, extrait - L'abaissement de l'âge de l'incorporation L'Ouest-Eclair (Rennes), une du 27 juillet 1913, extrait - Heureux les conscrits dont le nom commence par la lettre B | Gallica - BnF La Mode, 1er juillet 1913

L’Ouest-Eclair rapporte dans ses colonnes du 29 juillet : Berlin. 28 juillet. Le « Kreuzzeitung », organe conservateur prussien, particulièrement lu dans les milieux militaires, apprécie avec une objectivité rare dans la presse allemande la nouvelle loi militaire française. La Chambre française a adopté également un plan d’armements complet : en acceptant le projet de loi sur le service de trois ans, elle a donné la preuve que la France est décidée à tout prix à rester sous le rapport militaire à la hauteur de l’Allemagne qui lui est très supérieure par le chiffre de la population. Même au point de vue strictement allemand on ne peut s’empêcher de signaler avec une sincère admiration le vote de la Chambre française : son attitude patriotique ainsi que l’esprit de sacrifice du peuple français sont vraiment exemplaires (Vorbildlich) et paraissent difficiles à surclasser.

Juillet 1913 : loi relative à l’assistance des familles nombreuses

Tout comme en juin 1913, les unes des quotidiens français ignorent une nouvelle avancée sociale, qui vise elle aussi la lutte contre la « dépopulation » de la France (terme employé à l’époque, sur un sujet qui était alors une véritable préoccupation). Le 14 juillet 1913 est votée à l’unanimité la loi relative à l’assistance des familles nombreuses (texte disponible sur Gallica).

ARTICLE PREMIER. — L’assistance aux familles nombreuses constitue un service obligatoire pour les départements avec la participation des communes et de l’État.
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ART. 2. —Tout chef de famille, de nationalité française, ayant à sa charge plus de trois enfants légitimes ou reconnus, et dont les ressources sont insuffisantes pour les élever, reçoit une allocation annuelle par enfant de moins de treize ans, au-delà du troisième enfant de moins de treize ans.

En juillet 1913 : en marche vers la Grande Guerre

« Le Reichstag vote sans débat un effectif de 865.000 hommes – des impôts pour 2 milliards », ainsi titre le journal L’Ouest-Eclair le 1er juillet.

Étonnamment en cette période de tension, l’aviation naissante continue par ses exploits d’émerveiller les foules, quelle que soit leur nationalité. Ainsi le 13 juillet, « Le pilote rennais Lefort bat un record du monde : Il a volé sans escale de Paris à Berlin ». Paris – Berlin !

La Croix, une du 26 juillet 1913, extrait - La haine allemandeL’Ouest-Eclair (Rennes) mentionne aussi en une la sortie d’un ouvrage d’André FRANÇOIS-PONCET : Ce que pense la jeunesse allemande. L’auteur a vécu parmi la jeunesse allemande, à Stuttgard. à Dresde, à Munich et dans la capitale de la Prusse. Il s’est mêlé à l’existence des étudiants: il a pris conscience de cette machine de guerre formidable qu’est l’Allemagne, dont partout, même dans les milieux universitaires, il a senti la puissance et retrouvé les rouages et constaté l’organisme apparent. Il a compris que si par nature, l’Allemand n’est pas un guerrier, mais plutôt un étre placide et familial, son caractère présente une capacité vaniteuse, une énergie d’orgueil extraordinaire: il a senti que le mot de patrie vibre partout à l’unisson, au-dessus de tous les partis, de tous tes intérêts et que dans tout l’Empire. même parmi les socialistes militants, il n’est pas un citoyen allemand qui ne soit prêt à accepter d’une âme enthousiaste la nécessité d’une guerre, sans même en vouloir discuter les raisons, avec une discipline inattaquable et une foi profonde dans l’avenir et la grandeur de la race allemande.
Tandis que La Croix évoque en une du 26 juillet un autre ouvrage, paru en Allemagne… (ci-dessus)

Naissances et disparitions en France en juillet 1913

En juillet 1913 disparaissent…

Louis HÉMON (1880-1913), romancier

Le 8 juillet 1913 décède accidentellement à l’âge de 32 ans à Chapleau, Canada, Louis HÉMON, né en 1880 à Brest, Finistère, romancier. Il acquit une célébrité posthume grâce au roman Maria Chapdelaine, évoquant les paysans défricheurs du début du XXe siècle et la terre québécoise, et publié en intégralité seulement en 1921 aux éditions Grasset. Il devint grâce à cette œuvre l’écrivain emblématique du Canada francophone.
Les Archives Départementales du Finistère lui consacrent une page sur leur site, qui évoque les illustres ancêtres de l’écrivain. Vous pouvez aussi consulter les pages sur le site l’Université de Montréal.

Décède aussi en juillet 1913, le 20, Adhémar EISMAN (né le 1er février 1848), juriste, spécialiste du droit constitutionnel et historien du droit, et le 21, François DELAMAIRE (né 3 jours plus tard, le 4 février 1848), archevêque de Cambrai.

L'Ouest-Eclair (Rennes), une du 1er août 1913, extrait - M. Louis Passy est mortEnfin, le 31 juillet 1913 décède à Gisors (Eure), Louis-Paulin PASSY, né le 4 décembre 1830 à Paris, historien et homme politique, député – il était le doyen de la Chambre lors de sa mort.
Nous avons déjà eu sur ce blog l’occasion d’évoquer cette famille qui donna de nombreux hommes politiques à la France, au travers de son représentant sans doute le plus éminent, son cousin germain Frédéric PASSY (1822-1912), premier prix Nobel de la paix.

En juillet 1913 naissent en France :

le 1er juillet 1913 à Paris (XIVème arrondissement), André TOLLET
(† 14 décembre 2001) 

Syndicaliste et résistant. Il fut en 1944 président du Comité parisien de la Libération. Nommé par la CGT, il siégea à l’Assemblée consultative provisoire en 1944-1945.
Son portrait sur le site des-gens.net.

André TOLLET (1913-2001), syndicaliste et résistant français | des-gens.net
le 5 juillet à Domfront (Orne), Étienne LORIN
(† 3 septembre 1991 à Paris) 

Accordéoniste, compositeur. Il fut l’ami BOURVIL, qu’il rencontra pendant la guerre. En 1946, il monta à Paris pour créer une école d’accordéon.

Étienne LORIN (1913-1975), accordéoniste, ami de Bourvil
le 8 juillet à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) naît Suzanne BLIN
(† 6 mars 1944 à Douai, Nord) 

Résistante. Le 2 mars 1944, elle est arrêtée par la gestapo qui perquisitionne à son domicile et retrouve des documents en lien avec la résistance. Le soir du 6 mars 1944, elle décède à 31 ans des suites des tortures subies dans une cave de l’immeuble de la gestapo à Douai sans avoir livré de noms. [source site de Bully-les-Mines]

Suzanne BLIN (1913-1944), résistante
le 11 à Oran (Algérie française), Antoine MARTINEZ
(† 11 avril 1970 à La Verrière, Yvelines) 

Peintre figuratif. Talent précoce à la fin tragique.
Sa biographie sur le site de l’association Autour du peintre Antoine Martinez.

Antoine MARTINEZ (1913-1970), peintre français figuratif et sa femme Alice
le 17 juillet à Marseille (Bouches-du-Rhône), Roger GARAUDY
(† 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne, Val-de-Marne) 

Philosophe et politicien. Un sulfureux personnage : communiste exclu du Parti Communiste, converti au catholicisme puis à l’Islam, enfin, négationniste… Même son décès et son enterrement créent la polémique : un journaliste du Nouvel Obs titre « Non, Roger Garaudy n’est pas mort », tandis que Rue89 raconte « Dieudonné et son rire aux obsèques de Roger Garaudy ».
Comme il fut aussi député et sénateur, il a donc droit, sur le site de l’Assemblée nationale, à un biographie très politiquement correcte…
Il fut aussi l’ami de l’Abbé Pierre, que nous avons évoqué sur ce blog.

Roger GARAUDY (1913-2012), philosophe, homme politique, révisionniste
le 18 juillet à Paris, Germaine SOLEIL, dite Madame Soleil
(† 27 octobre 1996 à Paris) 

Astrologue. Surprenant peut-être, mais SOLEIL était son véritable nom !
Est-il encore utile de la présenter ?
Nous lui avons consacré un article sur le blog Entre nous et nos Ancêtres.

Germaine SOLEIL dite Madame Soleil (1913-1996), astrologue
le 20 juillet à Paris, Georges ROHNER
(† 3 novembre 2000 à Lannion, Côtes-d’Armor) 

Peintre, associé au mouvement réaliste. Élu membre de l’Académie des beaux-arts en 1968, où il occupa le fauteuil d’Ingres.
Sa biographie, sur le site officiel qui lui est consacré.

Georges-ROHNER (1913-2000), peintre

Et n’oublions pas Pierre BORDAS (né le 5 juillet 1913 à Carcassonne, Aude, décédé en l’an 2000 à Barbizon, Seine-et-Marne), éditeur – vous avez forcément étudié dans des manuels édités par cette célèbre maison ! 😉

Georges CANEPA (né le 8 juillet 1913 à Beausoleil, Alpes-Maritimes, aviateur mort au combat le 3 septembre 1957 à Medéa, Algérie française), lieutenant-colonel, compagnon de la Libération ; Robert TESTU, alias TETSU (né le 12 juillet à Bourges, Cher, décédé en 2008), dessinateur humoriste ; René LLENSE, gardien de but, et Stéphan DEMBICKI dit Stanis, d’origine polonaise, footballeurs (nés pour le premier le 14 juillet à Collioures, Pyrénées-Orientales, et le second le lendemain, 15 juillet, à Marten, Allemagne) ; Stéphane PIOBETTA (né le 22 juillet 1913 à La-Roche-sur-Yon, Vendée, décédé à San Appolinare, Italie), philosophe, militant SFIO et résistant, compagnon de la Libération ; André LANDAULT (né le 27 juillet 1913 à La-Haye-Pesnel, Manche), écrivain.

Quelques images de juillet 1913

Les célébrations du 14 juillet, pas encore sur les Champs-Elysées. Et au Mans, peut-être un ou deux ancêtres sur cette carte-photo !?
Enfin, joignons-nous aux bons vivants de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu ! 😉

Carte Postale Ancienne - La Revue du 14 Juillet à Longchamp - Arrivée de M. Poincaré Carte Postale Ancienne - Paris - La revue du 14 juillet 1913 à Longchamp
Carte-Photo - Le Mans - 14 juillet 1913 Carte Postale Ancienne -Segré - Fête fédérale de Gymnastique - 27 Juillet 1913
Carte Postale Ancienne - Brest - Exposition - Juillet-Octobre 1913 Carte Postale Ancienne - Saint-Christophe-le-Jajolet - Troisième Pèlerinage Automobile, 20 Juillet 1913
Carte Postale Ancienne - Les bons vivants de St PHILBERT de GRANDLIEU fêtant la Saint-Victor aux Poitrivières le 21 Juillet 1913 Billet 50 Francs, bleu et rose, type 1889, 11 juillet 1913, Fayette

La citation

« On peut tout vaincre : les crises, la servitude, la guerre même, à condition de les combattre. La Résistance en apportera sinon la preuve, du moins l’espérance. »

Roger GARAUDY, Parole d’homme, 1975, éditions Robert Laffont

=> vers l’éphéméride d’août 1913


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2 réponses à C’était il y a cent ans : éphéméride de juillet 1913 en France

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