1582 : le calendrier grégorien

calendrier grégorien | runivers.ru

S’il est une obsession du généalogiste qui figure en bonne place entre celles des noms et des lieux, c’est bien la sacro-sainte quête des dates. Une date, c’est souvent un acte trouvé. Ce peut être la confirmation d’une filiation, une information sur la longévité d’un ancêtre, le fil qui permettra de remonter encore le temps, une génération…
Mais qui dit dates, dit calendrier(s). Et là, les choses n’ont pas toujours été aussi simples qu’on pourrait le penser.

Retour sur la genèse de notre calendrier actuel, il y a 430 ans.

Le calendrier grégorien

Les raisons de la réforme du calendrier

Jusqu’au XVIe siècle, le calendrier en vigueur était le calendrier julien, hérité de la Rome antique. Il avait pour caractéristique de présenter un léger décalage avec le calendrier astronomique, avec pour effet un écart croissant – d’environ 3 jours par 400 ans – par exemple entre la date légale de l’équinoxe de printemps et l’équinoxe réel.

Pape Grégoire XIII (1502-1585) | WikimediaLa première raison de la réforme du calendrier fut donc pratique. Du fait du décalage, la date de Pâques – qui conformément au comput sert de base à la fixation des fêtes religieuses – s’enfonçait progressivement dans l’hiver, ainsi que l’ensemble du calendrier liturgique. Le nouveau calendrier devait donc corriger et stopper cette dérive et recaler les saisons sur leur rythme naturel.

La deuxième raison fut évidemment politique. Décidée mi-XVIe siècle par le concile de Trente, le calendrier fut promulgué en 1582 par le pape Grégoire XIII (origine de son nom actuel). Le calendrier grégorien fut, en pleine guerres de religion – si vous me permettrez l’expression – un véritable « qui m’aime me suive » lancé par l’église catholique. L’église fixa aussi à cette occasion le début de l’année au 1er janvier, proche donc de la naissance du Christ.

Le calendrier grégorien

calendrier grégorien, octobre 1582 | astronomia.frLe calendrier grégorien rythme notre quotidien, nous le connaissons donc très bien ! ;-)
Ce calendrier est comme son prédécesseur julien un calendrier solaire, dont il a conservé la structure : numérotation à partir de l’Anno Domini, semaines de sept jours (de dimanche à samedi), douze mois de 28 à 31 jours formant une année, les années bissextiles
C’est sur ce dernier point que sont introduites les nouveautés visant à éviter un décalage futur. Le calendrier julien comportait une année bissextile tous les quatre ans ; le calendrier grégorien maintient ce principe sauf pour les années séculaires qui ne sont plus bissextiles (années multiples de 100, dites « communes », par ex. 1900), à l’exception des années qui sont multiples de 400 (comme l’an 2000, qui fut une année bissextile).

L’adoption du calendrier grégorien dans le monde

Fin XVIe siècle, le décalage entre le calendrier julien et le calendrier astronomique était de 10 jours. Le pape Grégoire XIII décida d’un rattrapage unique, consistant à supprimer 10 jours du calendrier. Comme mentionné sur le document ci-dessus: « cui defunt decem dies pro correctione Anni Solaris ».
Les sujets des États pontificaux s’endormirent donc le jeudi 4 octobre 1582 et se réveillèrent le lendemain… vendredi 15 octobre 1582. D’autres états catholiques, comme l’Espagne et le Portugal, firent de même.

Le calendrier grégorien, qui prévaut aujourd’hui largement dans le monde, fut ensuite adopté progressivement, une fois levées les oppositions politico-religieuses. Cette adoption ne fut pas sans quelques errements, comme en témoignent l’exemple de la Suède et de son 30 février 1712 que nous évoquions dans un précédent article, ou encore celui de la France.

Bref historique des calendriers en France

Adoption du calendrier grégorien en France

Henri III (1551-1589), roi de France (1574-1589)Le calendrier grégorien fut adopté dans le royaume de France par le roi Henri III, le 9 décembre 1582 (auquel succéda donc, vous l’aurez compris, le 20 décembre 1582). Derrière cette généralité se cachent toutefois de nombreux particularismes locaux, liées à la fluctuation des frontières de la « France » au fil des siècles. C’est le cas notamment en Alsace et en Lorraine, où l’adoption du nouveau calendrier fut plus tardive (XVIIe et XVIIIe siècle).

Une autre exception fut bien entendu ce poil à gratter pour les généalogistes ;-) qu’est le calendrier républicain.

Calendrier des calendriers en France

calendrier julien jusqu’au 9 décembre 1582
(julien)
calendrier grégorien à partir du 20 décembre 1582 (grégorien)
quelques exceptions 1
calendrier républicain du 6 octobre 1793 au 31 décembre 1805
soit à partir du 15 vendémiaire an II  2
calendrier grégorien en vigueur définitivement à partir du 1er janvier 1806
avec une très brève parenthèse pendant la Commune de 1871 3

 

1. exceptions notables (les différentes sources ne s’accordent pas toujours sur ces dates) :

  • Nord-Pas-de-Calais : 25 décembre 1582
  • Savoie et Franche-Comté : 31 décembre 1582, à confirmer
  • Alsace : 16 février 1682, avec des différences entre Strasbourg, l’Alsace catholique et l’Alsace protestante
  • Lorraine : 1582, puis adoption définitive le 28 février 1760 après une parenthèse « julienne » à partir de 1736

2. L’an I de l’« ère des Français » débute le 22 septembre 1792, mais le calendrier révolutionnaire ne sera mis en œuvre qu’une année plus tard, le lendemain du décret de la Convention nationale du 14 vendémiaire an II.
C’est Napoléon Ier qui signa le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805) l’abrogation du calendrier républicain.

3. Le calendrier républicain fut remis en vigueur brièvement, du 6 au 23 mai, lors de la Commune de Paris en 1871 (an LXXIX), mais uniquement dans le Journal Officiel et sur quelques affiches.

Galerie : almanachs de l’année 1900

Pour le plaisir des yeux, quelques almanachs et calendriers de l’année 1900.

Almanach des Postes, 1900 Almanach des Postes et des Télégraphes, 1900
Le Bien Public, calendrier 1900 Supplément illustré du Petit Journal du 31 décembre 1899 - page 5 | Gallica © BnF calendrier 1900, illustration de Mucha

supplément du journal illustré, 1900

La saga des calendriers par Jean LefortLa citation

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. »

Victor Hugo

Maintenant, vous êtes incollable sur les calendriers !

Testez-vous sur un petit quiz.


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