Louis-André de Grimaldi, pair de France: un évêque loin de son rocher

L’actualité nuptiale à venir a rappelé à notre bon souvenir une note glanée au détour des registres sarthois, et plus précisémment, un « nota » du curé de Neuvy-en-Champagne daté de 1767.

Louis-André de Grimaldi consacré évêque du Mans

Louis André de Grimaldi - Évêque du Mans, 1767
Nota par le curé de Neuvy-en-Champagne  (72)    –    BMS  1766 – 1770, cote 1 Mi 1208 R2 vue 23   –   © Archives Départementales de la Sarthe

1 le vingt six janvier aud. an M.r. notre Illustr. et
2 réverend. evêque charles loüis de froullay doyen
3 des comtes de lyon est decedé en son palais episcopal
4 au mans et a été inhumé dans le choeur de l’eglise
5 cathedrale avec grande pompe ; son cœur a aussi
6 été solemnellement transporté à l’eglise de l’hôpital
7 du mans ou il est en depos en reconnoissance de
8 l’hôtel des malades quil a fait construire . Il –
9 avoit gouverné son diocéze pendant environ
10 quarante quatre ans.
11 Et le trois juillet aud. an M.r. Illustr. et révérend.
12 loüis andré de grimaldi des princes de monaco –
13 a été consacré evêque du mans agé de trente
14 deux ans et par procuration a fait prendre
15 possession de son evesché par Mr. Beaudron
16 ancien vicaire general du dioceze du mans
17             fay curé

Notez au passage la référence à l’antique tradition des reliques. Le coeur du défunt évêque – le coeur, siège de l’âme et symbole de l’amour divin et humain – est porté dans l’établissement dont il est le bienfaiteur, sans doute pour le protéger, et y produire quelques miracles en faveur de ses déshérités. Le prélat eut ainsi droit à trois services funèbres : le premier pour ses entrailles, le deuxième pour sa dépouille, et le dernier fut le transport de son coeur (Archives Départementales de la Sarthe, registre du Mans, chapitre Saint-Julien, S 1737-1790, 5 Mi 401, vue 48).

« Le cœur, mis dans une boîte de plomb, fut porté dans un bassin d’argent, couvert d’un crèpe noir, par le Vallet-de-Chambre du défunt, qui avoit l’épée au côté. Les autres Domestiques, au nombre de douze, vêtu de deuil, accompagnoient le corps, & deux autres, vêtus de même, accompagnoient le cœur ; tous avoient un flambeau de cire blanche à la main. » 1

Mais nous découvrons surtout dans cette note que Louis-André de Grimaldi, des princes de Monaco, devient Évêque du Mans en 1767 alors qu’il est âgé de seulement 32 ans (s’il vous plaît). Essayons d’en apprendre un peu plus sur ce personnage (sur lequel il n’existe pas d’article Wikipedia ;-)).

Louis-André de Grimaldi, la carrière d’un prélat loin de son rocher

De sa naissance à son épiscopat

Armoiries de Louis-André de Grimaldi

Armoiries - Fuselé d'argent et de gueules

Louis-André de Grimaldi, pair de France, est né le 17 décembre 1736 au château de Cagnes (aujourd’hui musée de la ville, dans les actuelles Alpes-Maritimes). Il est le fils d’Honoré Grimaldi, Marquis de Cagnes, chevalier de Saint-Louis, qui mourut après la bataille de Dettlinghen en 1743, et de Hélène Marie Anne d’Orcel de Plaisian.
Notre titre est donc quelque peu erroné, puisque Louis-André ne descend pas de la lignée « du rocher », mais de la branche Grimaldi installée à Antibes et Cagnes.

Notez qu’il faut remonter plus de quatre siècles en arrière, pour trouver les ancêtres communs avec l’actuelle famille régnante des princes de Monaco. Il s’agit de… Rainier ou Raynier de Grimaud ou Grimaldi, Ier du nom ! Rainier I, prince de Monaco, servit Charles II roi de Naples.

Pour la petite histoire, « Sauveur-Gaspard de Grimaldi [frère de notre Louis-André], marquis de Cagnes (1735-1816) et officier de marine protesta à la mort du dernier des Grimaldi-Monaco auprès des cours de Paris et de Vienne et fit un procès au duc de valentinois pour se faire reconnaître comme prince de Monaco en février 1761, selon une tradition salique inventée pour la cause. Il perdit son procès et Louis XV lui accorda une pension de… 2.000 livres en dédommagement! Il prit fièrement le nom de « Grimaldi d’Antibes, des princes de Monaco » comme son frère Louis-André de Grimaldi […].  » 2 C’était la première fois que la branche régnante Grimaldi de Monaco, alors sans descendance mâle, fut « sauvée » par la France.

Le Mans : la ville et la cathédrale, au XVIIIe siècle

Le Mans : la ville et la cathédrale, au XVIIIe siècle

Louis André de Grimaldi alors vicaire général de l’archevêque de Rouen, est élu Évêque du Mans le 19 avril 1767 et consacré le 5 juillet de la même année 1 (ou le 3 juillet). Il succède à l’autoritaire Mgr de Froulai. Selon d’autres sources, il aurait été confirmé le 15 juin et ordonné Évêque ledit 5 juillet. Il le restera jusqu’en 1777.

Ses œuvres sarthoises

Louis-André de Grimaldi, des Princes de Monaco, Évêque du Mans

Louis-André de Grimaldi, des Princes de Monaco, Évêque du Mans

En 1768, il entreprend la décoration de son église cathédrale du Mans. Une partie des aménagements réalisés furent détruits au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Dans une brochure sur la cathédrale rédigée en 1923 par un chanoine, on peut lire :

« L’épiscopat (1767-1777) de Louis-André de Grimaldi, des princes de Monaco, fut un désastre pour la cathédrale, qui se vit dépouillée d’une quantité d’objets artistiques. Le maître-autel, « amas confus de pierres et d’ornements de cuivre », dit l’Almanach du Maine de 1773, « celui de Saint-Julien, qui était derrière, et les autres qui occupaient le sanctuaire » furent enlevés ; la cuivrerie de l’église […] fut mise en vente. Un antiquaire du temps, Chappotin de Saint-Laurent, employé à la bibliothèque du roi à Paris, conjura de conserver au moins un état général des pièces de la cuivrerie et de faire copier exactement les inscriptions qui pouvaient s’y trouver, ou mieux de faire dessiner ce qu’ils voulaient vendre (les archivistes apprécieront ;-)). Cet appel si sensé ne fut pas entendu […].
Mgr de Grimaldi mit donc un zèle remarquable à décorer la cathédrale dans le goût du temps. Il la fit blanchir entièrement à la chaux. Tous les autels de la nef, des transepts, des latéraux du chœur et du sanctuaire disparurent. […] deux trônes en bois étaient élevés en tête des stalles. […] Le grand autel, de pierres et de cuivre, fit place à l’autel en marbre blanc qui existe encore. »

Louis-André de Grimaldi achève aussi l’œuvre de son prédécesseur, le nouvel Hôtel-Dieu, et « le 17 juillet 1769, les pauvres infirmes de l’ancien Hôtel-Dieu furent transférés processionnellement dans le nouveau. » 1
Il rédige, ou du moins signe en 1775 un opus intitulé « Rituel du Diocèse du Mans ».

Il n’est pas certain que Louis-André de Grimaldi ait été présent si souvent dans son diocèse – l’évêché du Mans était recherché à cause de sa proximité avec la capitale et pour son territoire étendu qui offrait à son titulaire un grand nombre de bénéfices. On le trouve toutefois régulièrement cité dans les registres et autres décisions de justice, et bien sûr dans les archives de l’Église. Son nom peut être ainsi associé à de nombreux villages sarthois : Asnières-sur-Vègre, Athenay, Chemiré-le-Gaudin, Saint-Ouen-en-Belin, Saint-Vincent-du-Loroüer, Yvré-l’Évêque…

Prélat « assez débauché » et Pair de France

Louis-André de Grimaldi - Cathédrale de Noyon

Louis-André de Grimaldi - Cathédrale de Noyon - © Ministère de la Culture

Il devient ensuite Évêque de Noyon (Oise), élu le 16 octobre 1777 et confirmé le 30 mars 1778. Il est le dernier évêque du diocèse, supprimé le 12 juillet 1790.

Louis-André de Grimaldi est Pair de France, un des six pairs ecclésiastiques en 1789, en tant qu’Évêque Comte de Noyon. À ce titre, lors d’un sacre royal, il porte la ceinture ou le baudrier du roi ; il n’aura en fait pas l’occasion d’exercer ces prérogatives.

Il possédait une résidence de campagne à La Chaussée-d’Ivry (actuelle Eure-et-Loir), où il accueillit notamment en 1767 le peintre allemand paysagiste Jacob Philipp HACKERT.

Apparemment, lors du scandale d’étiquette qui survint le jour des noces de Louis XVI le 16 mai 1770 (les princesses de Lorraine obtinrent de danser avant les duchesses françaises), il exhorta les nobles français à s’en ouvrir au roi, afin de ne pas laisser passer cet affront.

C’est lui qui ordonna prêtre en 1789, puis évêque en 1799, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, homme politique et diplomate français plus communément dénommé Talleyrand.

Il quitte ses fonctions en 1801 et s’éteint en 1808 à Londres (ou 1804-1805, les sources ne concordent pas), où il résidait dans la « City of Westminster ».

Ce fut donc un personnage influent de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, même si la postérité n’a pas retenu son nom. Certains écrits le présentent comme un prélat « assez débauché » et nous retiendrons en guise de conclusion le titre d’un travail universitaire à son sujet : « Louis-André de Grimaldi, l’évêque mal aimé de la ville du Mans ».

Renan & Tatiana

La citation

« La noblesse aurait subsisté si elle s’était occupée davantage des branches que des racines. »

Napoléon Bonaparte

Et nous laissons à l’auteur l’entière responsabilité de ses propos… 😉

 

1. informations glanées dans le « Dictionnaire topographique, historique, généalogique et bibliographique de la province et du diocèse du Maine« , Volume 2, par André René LE PAIGE, 1777 (consultable sur Google Books).
Vous pouvez y découvrir une « Genéalogie de la Maison de Grilmaldi », pages 112 et suivantes.

2. Les Grimaldi de la côte…, par Frédéric d’Agay.

 

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2 réponses à Louis-André de Grimaldi, pair de France: un évêque loin de son rocher

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  2. NAUDET dit :

    Je viens de lire l’article consacré à Monseigneur Grimaldi Louis-André, nommé évêque du Mans, en 1767, par Louis XV. J’ai constaté des erreurs concernant certaines dates, et faits, par rapport à un document officiel qui m’a été transmis, en 2006, par monsieur Régis Lécuyer, conservateur des archives du Palais Princier de Monaco.
    Je tiens la copie de ce document, à votre disposition, que je ferais parvenir par e.mail, si cela vous intéresse?
    Cordialement
    PN

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